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Photo: Peter Widmer
Touring, 19/2008
Au Japon, tout est plus grand qu’ailleurs. Gigantesque, le centre urbain de Honshu, l’île principale, où les villes se suivent au point de n’en former qu’une seule. Japon high-tech et traditionnel se donnent la réplique.
La vendeuse au rayon épicerie fine du grand magasin Odakyu, à la gare de Shinjuku à Tokyo, nous exprime son refus de la main: elle ne veut pas être photographiée. Elle sourit aimablement, tandis que le surveillant en uniforme du sanctuaire Meiji à Tokyo rappelle que la cour intérieure ne peut être immortalisée que de côté, jamais depuis le milieu. Il nous adresse un sourire indulgent et compréhensif. Le Pays du soleil levant est aussi le pays du sourire. Nous n’en avons pas l’habitude et, au fond, c’est bien sympathique.
Jamais seul
Véritable mégalopole, la ville de Tokyo est divisée en plusieurs "villages" regroupés autour de gares principales. Contrairement à la plupart des villes européennes, la capitale du Japon n’a pas un, mais plusieurs centres. A la gare de Shinjuku, nœud ferroviaire démesuré, trois millions de passagers transitent chaque jour. En empruntant les transports publics – métro et trains régionaux –, on se rend confortablement sur tous les sites touristiques de la ville. Mieux vaut cependant éviter les heures de pointe: la cohue est impressionnante, voire angoissante.
Même à Shinjuku, on déniche des ruelles pittoresques au caractère villageois, telles que l’étroite zone piétonne et son alignement de troquets. Le soir venu, les hommes surtout viennent ici siroter une bière et manger sur le pouce, comme nous le raconte notre guide tokyoïte Hideko Sera. Pour échapper aux clameurs de la ville, on peut aussi se retirer dans les jardins du Palais impérial, Kokyo Gaien, ou dans l’enceinte du sanctuaire Meiji qui s’étend sur 70 hectares. Avec ses ruelles étroites et ses maisons basses, le quartier ancien de Tsukishima distille également un calme surprenant. Devant chaque porte, un foisonnement de fleurs et de plantes soignées avec amour. A l’image de la ville tout entière, les rues sont étincelantes de propreté.
Le quartier de Ginza est dédié au shopping. Tous les créateurs de mode dignes de ce nom y ont pignon sur rue. Le samedi – mais seulement par temps sec! – la rue Ginza, qui s’étire sur un kilomètre, se transforme en zone piétonne. Lors de notre visite, une file interminable s’est formée devant l’entrée du magasin de mode Hennes & Mauritz. Le soir même, la télévision japonaise nous apprend que la chaîne suédoise a ouvert sa première filiale à Tokyo et que 3000 personnes ont tenté d’y accéder le premier jour… Au centre du quartier, le prix du terrain a explosé: le mètre carré y coûte la bagatelle de 12 millions de yen, soit environ 132 000 francs.
A bord du Shinkansen
Au Japon, le train joue un rôle nettement plus important que dans le reste du monde. En 1959, l’ère des trains à grande vitesse y a été inaugurée avec la construction de la première ligne réservée au légendaire Shinkansen. Aujourd’hui, cinq lignes à haute vitesse relient Tokyo aux principales villes de la partie orientale de l’île de Honshu. Le bolide filiforme s’arrête une minute exactement dans chaque gare, ce qui doit suffire pour monter et descendre. Et cela suffit effectivement. Tout est prévu et organisé dans les moindres détails, sans oublier que les Japonais sont très disciplinés. Attendant sur le quai de gare, le passager sait exactement où son wagon va s’arrêter. En entrant dans le compartiment, le contrôleur ôte sa casquette, s’incline, s’adresse aux voyageurs avec déférence, puis vérifie leurs titres de transport. Il répète toute la procédure avant de poursuivre son chemin. Accélérant à plus de 300 km/h, le train tout confort file à travers le paysage urbain et entre dans la gare ultramoderne de l’ancienne ville impériale de Kyoto.
La cérémonie du thé
A Kyoto, nous assistons à une cérémonie traditionnelle dans une maison de thé dépouillée. Agenouillés à même le sol, les invités attendent pendant dix minutes que leur hôtesse prépare le thé vert et nettoie les instruments selon un rituel aussi strict qu’immuable. Chacun boit exactement trois gorgées et demie, puis s’incline. A la dernière gorgée, on manifeste bruyamment sa satisfaction. La cérémonie symbolise l’harmonie, la tranquillité, la grâce et la pureté de l’esprit. Une autre facette d’un Japon qui a su conserver ses traditions ancestrales.

Texte: Peter Widmer
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